EDITORIAL de MARS 2005
(2ème partie ; voir édito
n°19) Mais pourquoi aiment-on autant ces bonhommes en collants multicolores
que l'on appelle "Super-héros" ? La première
-la plus évidente- raison réside dans le premier terme
: "super". Ils sont forts, ils sont beaux, ils gagnent presque
toujours, tout le monde les admirent, les envient et ils sont célèbrent
(et sans chanter de stupides chansons !). Tel les Dieux grecs, romains
ou nordiques, ce sont des espèces de modèles ; extraordinaires
et, en ce qui les concernent, tellement proches de nous : ils vivent
au 20-21ème siècle, dans une ville (New-York généralement)
et sont, pour la plupart, des êtres humains. Les voilà
donc, réconfortants, paternels ou tout du moins amicaux, parlant
à l'enfant qui sommeille en nous, ceux sur qui on peut toujours
compter (contrairement à nos dirigeants politiques...) dans les
situations les plus extrêmes. D'ailleurs ce sont eux qui ont le
pouvoir (cf. la scène issue de X-men
2, avec le président) et la puissance, et qui les
utilisent à bon escient. Mieux : ils ne sont pour beaucoup, à
l'origine, que de simples quidams, des citoyens lambdas (journalistes,
scientifiques, patrons, peintres...) comme nous le sommes tous finallement,
et qui deviennent un être tout autre, le modèle d'une réussite
; peut-être celle que l'on attend tous un jour ou l'autre de notre
vie. Les voilà ramenés à quelque chose de plus
accessible, de très proche de nos préoccupations quotidiennes.
Le deuxième point important à mon sens tient à
leur vie privée, justement. Pour les fans qui on grandi avec
ses héros, je crois que le parallèle avec les "Dallas"
et autres "Côte ouest" ne leur semblera pas grandiloquent
: amour, trahison, retrouvailles, mort, solitude...etc, leur vie privée,
aussi importante que leurs fabuleux combats chez les scénaristes
de comics, ressemble elle aussi à la notre, celle que l'on retrouve
après une dure journée de labeur en rentrant à
la maison (sauver le monde ne serait qu'un métier comme un autre...).
Ils endossent un costume, comme beaucoup d'entre nous -flics, pompiers,
médecins, chercheurs, ouvriers ou postiers-, et marquent à
la fois leur différence et leur particularité ; ils acceptent
leur rôle puis redeviennent le voisin que l'on a tous et dont
on se demande : "je me demande dans quelle branche il est, ce type
?". Le secret ainsi évoquer est impénétrable,
il donnent tout son piment à nos super-héros : si Sam
Raimi joue avec ça dans l'épisode du métro
dans Spider-man 2,
ça n'est pas pour rien : on a tous tremblé à l'idée
que l'on (un autre que nous, donc) découvre l'identité
de nos héros.
Le troisième point tient à l'environnement de nos idoles
costumées. Avez-vous remarqué la beauté des héroïnes,
des copines ou mêmes des victimes qui hantent les comics américains
? De quoi faire fantasmer la gente masculine, non ? De même, les
lieux choisis, urbains à 99 %, jouent beaucoup dans l'identification
que l'on prête à ces personnages : les 3/4 des américains
et des européens vivent
en villes ! La ville est également assimilée depuis toujours
au mal, son aspect est oppressant, labyrinthique, propre à cacher
les pires des horreurs dans les endroits les plus sombres. Je les comparerais
pourtant aisément à des jungles ("la loi de la jungle"),
ce que ne renierais pas les auteurs de ces êtres assimilés
pour nombre d'entre eux à des animaux : l'araignée, la
chauve-souris, le faucon, le fauve, le chat, la fourmi, le pingouin,
le lézard...etc. Les thèmes abordés ont également
une importance capitale : que ce soit l'intégration (Superman
est un extraterrestre... son auteur est juif), le racisme (les X-men),
la vengeance (Batman, The punisher, Daredevil, Catwoman, Elektra...),
l'adolescence (Spider-man, X-men) ou le Moi (Hulk). Si l'on se penche
d'un peu plus près sur la tenue vestimentaire de nos héros
on s'apercevra que l'on ne met pas longtemps à identifier les
gentils des méchants : combien de "gentils" ne possèdent
pas de masque (Superman, Namor, Reed Richards, La torche, Thor, Hercule
ou même Vision...), ou un simple demi-masque (Captain America,
Daredevil, Faucon, Angel, Cyclope, la Flêche noire...etc) alors
que les méchants sont plus souvent entièrement masqués
ou ont un visage hideux, (Joker, Mysterio, le Crapaud, Goblyn, le Caméléon...).
Les exceptions se nomme Spidey, Hulk (considérés comme
des méchants souvent !) ou encore La chose (mais il s'agit, historiquement,
du premier gentil "hideux"), Hellboy, Spawn (qui appartiennent
à une nouvelle génération, plus ambiguë...)
ou certains X-men (qui sont souvent tir raillés entre les 2 pôles)
; nos héros ne se cachent qu'à moitié, ils ont
des choses à dire.
Le dernier point est, derrière ce semblant d'uniformité,
leur différences propres : des origines variées (mutants,
E.T., résultats d'expérience, d'accidents, magie ou état
originel), des caractères très différents (adulés
ou haït, solitaire ou en équipe, gentils, méchants
ou ambigus, sous contrôle ou non...) et des pouvoirs toujours
uniques. Des différences qui se regroupent quand même en
un seul point : ce sont les "good guys" et ils vont gagner
à la fin, car tout ce que l'on veut c'est qu'ils gagnent ; ainsi
va le Bien...
Voilà mon analyse, j'espère que je ne me suis pas trop
égaré... elle a, en tous les cas, le mérite de
débroussailler le terrain.