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EDITORIAL de Février 2014 Peu de temps pour développer un sujet complexe ce mois-ci alors on va se pencher légèrement sur... Le nom du héros dans les titres de film, or not ? Quelle meilleure façon de fidéliser un audimat si ce n'est en lui permettant d'identifier dès le titre son héros à venir ? Oui : Trouvez-moi un seul film mettant en scène Zorro et qui ne comporte pas son nom dans le titre, même adjoint d'un "légende", "masque", "signe", "fils", "marque", "fantôme" et autre "l'ombre". Sur plusieurs dizaines d'adaptations de la vie de Jeanne d'Arc, le nom de "Jeanne" est toujours prononcé (+ la pucelle, la sainte). Voici donc un bref voyage à travers certains titres de films, dans l'histoire des séries de cinéma ou de ses personnages phares, issu de la BD, de la littérature ou de l'histoire de l'humanité. Immédiatement lisible, économique d'une certaine façon, facilitant le regard et l'attente du spectateur de par un repérage rapide, mettre le nom du héros bien en vue paraît être une solution évidente... ou pas ! S'il est difficile de vendre une adaptation de Hamlet ou McBeth par le biais d'une périphrase, les studios nous ont pourtant offert tout une gamme de stratégies au but souvent clair comme de l'eau de roche : vendre leur produit ! Premier cas qui va dans le sens de la facilité et de l'évidence : les classiques. Nombre de héros, et a fortiori de super-héros, semblait pouvoir difficilement se passer de leur nom, extrêmement vendeur : c'est le cas notamment de Sherlock Holmes. Le spectateur connaît bien le personnage, issu de la littérature, identifie immédiatement le genre (policier) ; pourtant ce n'est pas toujours aussi évident et simpliste (voir plus bas). On retrouve bien évidemment le même cas de figure avec tous les héros devenus classiques : de Robin des bois à Tarzan (même Greystoke est sous-titré "La légende de Tarzan"), en passant par les Harry Potter ; rare sont les titres des aventures de Charlot, Abbot & Costello, Laurel & hardy ou Jackie Chan (années 30-40) qui n'inclut pas le nom du / des personnage (s) principal (aux). Les films ne passent que très rarement outre ; c'est aussi le cas en France avec les Don Camillo ou les Fantômas, ou encore au Japon avec les Zaitochis, en Allemagne avec les Mabuse. Mais on observe ce phénomène avec d'autres personnages, moins héroïques : Frankenstein (oui, je sais...), Godzilla, Gamerra ou Dracula introduisent un monstre, méthode copiée mille fois par le cinéma fantastique ou d'épouvante. Dans Il faut sauver le soldat Ryan ce n'est pas tout à fait le véritable héros du film mais le "but" des héros. Autre cas : celui des biopics. Difficile de résister à la tentation de placer le nom de la célébrité en tête d'affiche quand il s'agit de vendre au public l'histoire de sa vie : Jobs, Diana, Ghandi, Lincoln, Mandela, J. Edgar, Coco Chanel, Yves St Laurent, Hitchcock, Milk et des centaines d'autres. Calcul facile ? En fait tout est question de marketing, et quand il s'agit de faire de l'argent, tout est envisageable. Depuis quelques décennies la publicité moderne aidant à repérer le personnage avant de voir le film, les titres peuvent toutefois s'avérer plus subtils, s'éloigner innocemment (?) des canons. Reprenons le cas des biopics récents : Le 5ème pouvoir, Le plus beau des combats (théorie), Into the wild, Walk the line (le fond), The social network, Le discours d'un roi, Neverland (travail, fait marquant), Braveheart, Monster (caractère), Elephant man, Yip man (surnom). Tout ceux qui sont aller voir ces films en connaissaient bien évidemment le sujet, majoritairement en tous les cas. Pour en revenir à Sherlock, il y a une exception intéressante : Le chien des Baskerville. Ce titre arrive après une longue période ou Doyle n'a pas écrit d'aventure de Holmes : il souhaite lui redonner une seconde vie sans pour autant s'appuyer sur l'aura de son détective ; principe repris par Hollywood comme on le verra plus loin. D'ailleurs, dans ce cas, avec la notoriété du matériau d'origine, le cinéma n'a plus réellement besoin d'identifier le héros : tout le monde connaît parfaitement le livre et de qui il s'agit ! Pour en terminer avec notre détective favori, observons le cas de Le secret de la pyramide -aventurs supposées du jeune Sherlock, "Young Sherlock Holmes" en V.O.- où le distributeur s'est passé du nom de son héros dans la version française : sorti 4 mois après son bide américain celui-ci a-t-il voulu couper court en supposant que l'échec du héros tenait peut-être au fait qu'il n'était plus à la mode, ou que le personnage du film s'en éloignait trop et induisait le spectateur potentiel en erreur, tentant d'éviter les risques d'un flop en France ? Le film n'a pas atteint les 800 000 spectateurs... Ne pas mettre le nom du héros peut s'avérer toutefois très stratégique : c'est une nouvelle tendance chez certains super-héros par exemple : Man of steel ou Dark knight (surnoms) en sont les exemples parfaits. Le premier voulant clairement couper les ponts avec l'insuccès de Superman returns et dire clairement aux spectateurs "nous allons faire radicalement autre chose" ; le second est un changement de cap en plein milieu de la saga, pour des raisons scénaristiques, certes, mais également parce que Batman begins s'est tout juste remboursé dans le monde : les deux Dark knight (puisque le second opus conserve ce patronyme autant synonyme de succès) ont réalisé 2,5 fois plus de recettes dans le monde que leur modèle ! Autre exemple symbolique, ou quand le distributeur a le nez creux : en sortant Les aventuriers de l'arche perdue (Raiders of the lost ark) ou Goldmember (Austin Powers : pour une fois les français avaient un temps d'avance) les grandes pontes d'Hollywood n'avaient pas anticipé le succès de leur film et imaginé une seconde que le héros allait symboliser ce succès : qu'à cela ne tienne, les suites inclueront son nom dans le titre (Indiana Jones). De nombreuses sagas sont dans ce cas : Hannibal Lecter est devenu le héros du Le silence des agneaux (Oscar pour Hopkins), sa suite Dragon rouge n'ayant pas eu le succès escompté (deuxième coup de semonce) alors le 3ème opus se nommera Hannibal, ainsi que sa suite, et même le série TV. Rambo ou Riddick ont "trouvé" leur nom dès le second épisode (après First blood en V.O. et Pitch black), comme Coplan en France (le 1er film s'intitulant Agent secret FX 18) ; avant de le reperdre en 1984... pour relancer la série ? C'est un peu pareil, quoique plus chaotique, pour Freddy Krueger (A nightmare on Elmstreet / Les griffes de la nuit) ou le nom apparaît dans l'épisode 2, puis dans l'épisode 6 quand la saga est à l'agonie, avant que Craven relance le tout sans le nommer, puis qu'un crossover le fasse réapparaître avant qu'un remake du n°1 l'efface à nouveau !!! Il y a aussi le cas "Jack Ryan" : jamais son nom n'a été adjoint au titre du film, sans doute parce qu'il s'agissait de l'adaptation des romans et qu'il ne fallait pas perdre le lectorat en route ; mais sa toute dernière adaptation fait une entorse à cette sacro-sainte règle : car Hollywood ne fait que s'inspirer du personnage et n'adapte pas de livre à proprement parler. Penchons-nous maintenant sur le cas James Bond : sur les 24 films que compte la saga son nom n'apparaît qu'une seule et unique fois, et uniquement dans la version française : Dr No en V.O. deviendra James Bond contre Dr No, 1er film de la série, le personnage étant alors encore méconnu chez les francs ; voici comment mesurer la popularité d'un vrai héros inusable... a contrario d'un OSS 117 dont le ciné a rarement pu se passer du patronyme. Idem pour les péplums italiens tel que Hercule. Alors comment expliquer le sort de Jason Bourne en France ? "The bourne..." étant traduit en français sans le nom du héros, par un "...dans la peau" ? Sans doute faudrait-il se pencher sur les ventes des bouquins de R. Ludlum... où se souvenir que les films différent grandement des romans et que le distributeur français a peut-être fait étalage de son savoir... Un dernier cas : L'inspecteur Harry (Dirty Harry en V.O.) perdra son nom à partir du 2ème film et n'y reviendra jamais en version originale, une seule fois en VF (Le retour de l'inspecteur Harry) ; pourquoi ??? La trop grande violence du film maintes fois soulignée lors de sa sortie a-t-elle contraint les distributeurs à ne pas personnifier celle-ci ? Voilà : de l'importance du titre dans la commercialisation d'un film... Terminons par un petit jeu, imaginant les titres des futures suites : Iron man 4 sera-t-il "Tête de fer" ? Et qui se cachera derrière "Le prince des suceurs de sang", "Retour chez les Moldus", "Michael Myers returns", "Connor McLeod l'immortel", "Le pantin de bois", "Jack Sparrow 5", "Juno 2" ou encore "John Watson" ??? A vous chers lecteurs et lectrices : un peu d'imagination, que Diable ! |