|
EDITORIAL de juillet 2013 Il y a une certaine constante dans l'histoire budgétaire
des grandes sagas cinématographiques : une progression inéluctable
découlant de leur succès. Pourquoi ? Parce qu'en ramenant
du fric à leurs producteurs ces dites sagas permettent aux artistes
qui les fabriquent de prendre leurs aises, d'ambitionner plus ; sans
les acteurs, aisément identifiables avec le film et son succès,
pas de jackpot ; pour les réalisateurs et scénaristes
j'imagine que les négociations doivent être plus tendues
dans la mesure où ils sont plus facilement interchangeables puisque
méconnus du grand public et rarement en lien direct avec le succès,
tout du moins dans l'esprit des gens. Donner plus aux acteurs et aux
spectateurs ne peut que rendre le budget d'une suite plus imposant :
d'autant plus que dans l'histoire (tout du moins récente) du
cinéma il y a énormément plus de cas où
la séquelle d'un succès a été encore mieux
reçu par le public que le cas inverse. Il suffit pour s'en persuader
de regarder le tableau des "James Bond"
: on passe des 1,1 M$ de budget de Docteur No aux 200
millions de Skyfall, avec le succès grandissant
que l'on sait, et il y a fort à parier que le prochain opus se
rapproche des 250 patates. Même constat sur l'inflation budgétaire
pour ce qui est, entre autres exemples, de saga telle que Shrek
(Les budgets des épisodes, par ordre chronologique : 60 M$ -
150 - 160 - 165) ou encore Fast & Furious (38 M$
- 76 - 85 - 85 - 125 - 160). Avant toutes choses laissons parler les chiffres : l'inflation des budgets a-t-elle toujours cours dans le monde de Marvel et Cie ? - Malgré le succès d'Iron man 2 (et la hausse du budget par rapport à l'original : de 140 à 200 M$) on remarque qu'étrangement le 3ème opus se voit crédité exactement de la même enveloppe que le second (200 M$)... Les producteurs ont-ils été prudents sachant qu'avec 60 millions d'investissement supplémentaire l'épisode 2 n'a rapporté que 38 millions de plus ? Ce qui expliquerait par ailleurs, dans l'exemple sus-cité, que Fast & furious 3 (le moins rentable de la série) ait le même budget que le n°4. Point commun entre les 2 : un chagement d'équipe, réalisateur ou acteur selon le cas. Selon toutes logiques le budget d'Iron man 4 devrait donc repartir à la hausse. On pourrait aligner ici le même constat pour le Punisher (33 & 35 M$ de budget ; stagnation pour cause de bide) ainsi que le cas "Hulk" : le premier est fraîchement accueilli ce qui implique que la mise en chantier du second (avec changement d'acteur) se doive de ne pas pèter plus haut que son... alors 13 petits millions de plus lui sont alloués pour un résultat quasiment similaire. Ils ont du nez ces nababs hollywoodiens ! - Les ambitions de Man of steel se voient réduit de pas moins de 45 millions par rapport à Superman returns. Cette fois l'insuccès de l'avant dernier film est clairement en cause et les doutes assaillent nos investisseurs quant à la nouvelle équipe (pourtant rassurante sur le papier...). - Plus probant encore : Spider-man 3 fut l'épisode le plus riche de la trilogie et pourtant son reboot, The amazing spider-man ne fut doté "que" d'un budget de 230 millions (contre 258 pour son ainé). Les premières rumeurs émanant des producteurs et du réalisateur étaient même plus strictes puisque l'investissement annoncé se devait d'être de 80 M$ seulement ! En terme de rentabilité Spider-man 3 ne fut pas tout à fait à la hauteur de son homologue, SM2 (taux de rentabilité = 3,45 Vs 3,9), le brusque changement d'équipe, la notion encore très abstraite de reboot a laissé les producteurs un peu frileux : Amazing spider-man 2 devrait rejoindre ses pères inflationistes. - Autre cas d'école : quand X-men 3 coûtait 210 millions la préquelle X-men : Le commencement retombait à 160. X3 fut le moins rentable de la trilogie, encore une fois, on repartait également à zéro. - Cas extrême cette fois : Ghostrider. Le premier a coûté la bagatelle de 110 millions (230 M$ de recettes : un peu juste) et le second a été lancé avec une enveloppe de... 57 briques !!! Les producteurs, n'ayant pas eu le nez creux, ont ainsi vu leur second bébé être plus rentable que le premier ! ------------------------- Les producteurs semblent plus frileux, ou désireux d'augmenter leur marges dans la mesure où le marché est saturé de super-héros en tout genre ; d'ailleurs on trouve un "espace budgétaire moyen" où les films de ce genre trouve une certaine raison d'être, une frontière haute et basse pour, ainsi dire, assurer une rentabilité minimum en se lançant avec des risques calculés : un budget intermédiaire compris entre 120 et 150 millions où l'on case les films dont on n'est pas très sûr de leur potentiel (Captain America, Thor, Green lantern, Green hornet, Watchmen, Wolferine, Hancock) ; mais là il n'y a guère que Marvel qui tire son épingle du jeu. Il y a même les prémisses d'un nouveau phénomène : le budget low cost. Tout d'abord Kick ass (pas d'FX) et ensuite et surtout Chronicle et ses 12 millions. Petit jeu : le Superman de 1978 coûterait aujourd'hui 196 M$ et Chronicle équivaudrait à un film de l'an 1978 budgété à 3,37 M$... une somme 2 fois inférieur au budget de Grease ! Les exceptions ne sont pas franchement légion depuis quelques années : la première saga rebootée à laquelle on pense est inévitablement Batman / Dark knight dont le succès va crescendo, à la mesure du budget ; mais un nouveau reboot prendrait sans nul doute une sacré cure d'amincissement puisqu'il n'y aurait que quelques producteurs cinglés pour le lancer à la figure des fans vu la réputation de la trilogie ; une suite serait plus envisageable... et sans aucun doute moins coûteuse. Attendons l'annonce des chiffres concernant les nouveaux départs des 4 fantastiques ou Blade : mais il y a fort à parier que les 4 retrouvent tout juste les 100 millions de leur budget initial et que le vampire ne bénéficie pas des 65 briques du 3ème épisode. Tout celà était-il vrai avant ? Difficile de comparer dans la mesure où les super-héros n'étaient pas légion avant les années 2000. C'était pourtant vrai pour Superman par exemple qui, incroyablement, voyait son budget fondre comme neige au soleil au fur et à mesure où les épisodes s'enchainaient : le 1er a rapporté 55 fois sa mise et pourtant le second à perdu 1 M$ de budget dans la bataille (le film n'a pas aussi bien fonctionné : production avisée encore une fois) quand Superman 4 s'est retrouvé avec 17 petits millions, soit 10 M$ de moins que le Running man sorti la même année ! Par contre la 1ère saga des "Batman" échappe à la règle (de 35 à 80 M$ entre Batman et Returns et une augmentation constante par la suite !)... sauf que les 125 M$ de budget de Batman et Robin se trouve être légèrement supérieur, en dollars constants, aux 150 M$ de Batman begins !!! Crise : crise budgétaire ou... crise des idées ? Si, comme on l'a vu, les budgets ont une fâcheuse tendance à se tasser pour des causes conjoncturelles et de mode (les reboots), il s'agit plus d'un tournant en terme de scénarisation qu'autre chose : les grosses franchises ont déjà tourné dans les salles obscures depuis 10 ans (Superman, Batman, Spider-man, X-men), on les refaçonne, mais pas n'importe comment, en prenant des pincettes budgétaires. Si demain un Pirates des Caraïbes devait voir le jour sans Johnny, son budget ne sera sans aucun doute en dessous des 300 millions... d'ailleurs on attend les chiffres pour le nouveau Transformers. Car, plus globalement si l'on observe la teneur des Top 20 de chaque année il faut bien se dire qu'il y a réellement inflation et envolée des budgets à Hollywood : d'une moyenne budgétaire de 95 M$ en 2004, nous sommes passés à plus de 140 l'an passé, soit près de 50 % d'augmentation en moyenne en moins de 10 années ! Ces nouveaux super-héros ne sont finalement que le poumon d'Hollywood : ils lui permettent d'inspirer et d'expirer à volonté pour mieux respirer. |