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EDITORIAL d'avril 2013

Eduquer les enfants au 7ème art... Sans vouloir tomber dans la pédagogie pure et dure et en restant centrer sur le sujet qui nous concerne et nous intéresse, il me paraissait bon d'aborder ce thème : parce que j'ai passé une bonne décennie au sein de l'Education Nationale, parce que j'en ai passé quatre à développer ma cinéphilie aigüe mais également fort d'une paternité de 4 chérubins à des âges divers, allant de 1 à 15 ans. Cet édito est destiné à vous, parents, mais également à vous (oui, là : toi !) qui deviendrez un jour père ou mère de famille ; ce nouvel édito n'est en rien un cours de cinéphilie mais un petit article bourré de conseils sans prétention aucune, s'appuyant sur ma double expérience de père et de cinéphile, à vous d'en faire ce que bon vous semble !

Cinéma et enfance : est-ce aussi conciliable qu'on peut le croire ? Drôle de question ? Non : car jusqu'à un certain âge vous pourrez montrer à vos gosses n'importe quel cartoon passant sous votre coude et ils en ressortiront invariablement ravis, ne faisant aucune remarque qualitative de quelque sorte que ce soit : que ce soit du grand Pixar ou l'épisode lambda d'une série animée en 10 images seconde. Pas de sens critique ? Pas vraiment : au fur et à mesure de leur âge leurs goûts vont évoluer, passant de l'état de "découvreurs passifs" à celui du "J'aime / J'aime pas", où ils rejetteront toutes explications pour aboutir, finalement, à des notions plus où moins passionnelles, intéressantes et critiques vis à vis de ce qu'ils voient. A nous de les guider, de les faire grandir sans les laisser seul face aux images, toutes les images, même les plus anodines : nous devons leur apprendre à apprécier qualitativement une oeuvre artistique, à en voir un maximum afin d'avoir de bonnes bases et surtout une base comparative en terme qualitatif. Il faut, comme je vais le démontrer, trouver le juste milieu entre le fait ne pas leur mettre tout et n'importe quoi devant les yeux et ne pas réfréner leurs envies et les frustrer. Nous devons les aider à apprendre le cinéma, même si cela peut paraitre prétentieux : notre rôle est important. Petite précision avant de passer aux choses sérieuses : à titre strictement personnel je ne comptabilise que les films que j'ai vu après l'âge de 14 ans, jugeant ne plus avoir d'assez bons souvenirs de ceux vus avant (mais pas tous !) et surtout ne pas avoir assez de background critique pour les juger à cette époque.

1/ Les habituer à tout et notamment à la diversité. Bien sûr les dessin animés auront tôt fait d'être la priorité de votre progéniture et il ne faut évidemment pas les en priver, mais il doivent s'habituer à voir des oeuvres cinématographiques de toutes sortes. Voir des films, oui, mais il faut les accompagner (et pas seulement physiquement), dès qu'on les sent plus curieux les pousser à voir autre chose que ce que la pub, les médias, leurs copains les forcent quasiment à regarder : leur montrer des films d'auteurs abordables, des oeuvres francophones, des cartoons sans gros budget, des films un peu plus matures que leur âge. Dès que possible, oser la diversité ! Vos enfants atteindront bien vite un âge où ils seront assez grands pour voir autre chose que les cartoons made in Disney : des films sérieux, plus violents, plus graves, un âge qui les poussera, pour peu qu'on les y aide un peu, à se forger une opinion personnelle ; il leur faudra même comprendre qu'un mauvais film peut très bien être apprécié du plus grand nombre et un très bon film détesté de tous : et qu'il est dur de tenir tête à la masse, d'avoir ses propres opinions. Si on ne les poussent pas un peu ils en resteront au stade de consommateurs, de spectateurs irréfléchis, de qui toute curiosité aura été annihilée au profit des standards ; il faut les habituer à cette diversité, autant qu'à la qualité, d'où qu'elle vienne, les inciter à découvrir, à rechercher quelque chose que, parfois, le cinéma grand public ne leur procure pas. Sans pour autant les forcer à quoique ce soit.

2/ Ne pas être psycho-rigide. Aimer le cinéma est un acte volontaire : ce n'est pas parce que je suis cinéphile que mes enfants le seront également. De même rien ne sert de les emmener trop jeunes dans une salle de cinéma pour un spectacle qu'ils ne sauront apprécier qu'un minima et qui vous coûtera trop cher en rapport aux bénéfices observés : je me souviens encore d'une certaine séance où j'avais embarqué mon fils pour aller voir "Dinosaures" de Disney et où il avait fait environ 88 fois le tour de la salle en courant durant la séance... il n'avait pas 2 ans, j'étais un trop jeune papa fou de cinéma qui devait rêver d'offrir à son fils l'intégral de Kubrick pour ses 6 ans !!! Bref : les pousser à être curieux mais également les laisser profiter du cinéma en tant que cinéphages et simples amateurs, ouvrons leur conscience discrètement sans pour autant censurer les effets de mode (auxquels il nous plait de succomber parfois !) et leurs petites envies d'enfants, même si parfois elles nous font grincer les dents. Et ne forçons pas un môme de 4 ans à se taper du Godard alors qu'il réclame du M. Bay : ce serait le meilleur moyen de le dégoûter du bon cinéma, voir du cinéma en général ! Attendons plutôt quelques années et comparons avec lui ces 2 "auteurs"... Il faut se transformer en guide, éduquer leur goût sans les faire suffoquer, sans les transformer en "cinéphiles juniors", laissant leur personnalité se révéler et faire le reste. Après tout nos plus jeunes enfants sont de véritables éponges qui absorbent les images indifféremment du support ou de la qualité effective, sans véritables conséquences si nous avons l'intelligence d'en parler avec eux : là est la clef !

3/ En parler avec eux : c'est-à-dire discuter de l'oeuvre que l'on vient de visionner, connaîitre leurs impressions, approfondir avec eux et leur montrer qu'au-delà du "J'aime / J'aime pas" il y a tout un monde de richesse et de finesse ; leur apprendre l'art du "Pourquoi". Leur mettre le doigt sur les différentes choses qui composent le 7ème art : un scénario, des couleurs, une caméra qui n'est pas innocente, des acteurs, des décors, des effets...etc. Pousser le bouchon un peu plus loin pour leur faire comprendre la finesse et toute la subtilité du cinéma, le comprendre pour l'appréhender de façon plus objective et juste : mais seulement à partir d'un certain âge et ne surtout pas les embêter avec cses considérations techniques au risque de tuer une certaine forme de magie ; à vous de juger de leur mâturité. Et puis en parler car certaines oeuvres, plus difficiles, on besoin d'être éclaircie : on ne peut pas laisser seul un enfant face à la peur (l'explication des effets spéciaux est primordiale), à l'angoisse (certains sujets peuvent leur faire de l'effet et nécessite un retour) ou à des questions qui ont besoin de réponses claires. Et plus ils grandiront et plus ils en auront besoin car ils seront confrontésà des oeuvres moins naïves, plus diversifiées. Question de conscience parentale.

4/ Se donner bonne conscience ? Oui : nous sommes parents et dans le processus d'éducation l'art doit avoir une place de choix, aux côtés du savoir-vivre, du respect, de la morale...etc. L'art ne s'apprend pas tout seul, en laissant son gamin ingurgiter des films : comme toute nourriture, la nourriture spirituelle se doit d'être choisie, pesée, interprétée ; il ne me viendrait pas à l'idée de laisser mes enfants se nourir de Nutella à longueur de journée sans leur expliquer que si le Nutella est bon au goût (enfin moi j'adore...) il peut leur ruiner la santé à longue échéance et, plus que le risque de les faire grossir, racourcir leur vie (et bousiller l'écosystème... mais c'est un autre sujet !). Si personne ne leur explique cela, il ne le comprendront pas d'eux-même. Pour le cinéma c'est la même chose : quelque film que ce soit se doit d'être expliquer, consommé avec modération. Ne pas hésiter, par exemple, à leur dire franchement ce que vous penser d'un film qu'ils ont adorer et que vous avez détesté plutôt que leur faire plaisir en abondant mensongèrement dans leur sens : leur expliquer pourquoi vous n'êtes pas d'accord avec eux et surtout ce qui ne vous a pas réellement plu dans l'oeuvre. Attention : par bonne conscience je ne parle aucunement de censurer quoique ce soit ; ni leur montrer ce qui n'est pas de leur âge. Tant qu'on leur explique ce pour quoi ils ne peuvent voir telle ou telle oeuvre.

5/ Des films interdits ? Sujet épineux que de trouver LA limite propre à chaque enfant. Car certains d'entre eux vont craindre ce qui n'aura aucun impact sur un autre, certains parents seront plus sensibles à ceci ou cela selon leur a priori, leur propre éducation, leur idéologie... le libre-arbitre et l'intelligence devront vous guider. J'avoue être plus tolérant face à une oeuvre sanglante dont l'explication par les effets spéciaux désamorce grandement la violence que face à une oeuvre à caractère sexuelle où la nudité n'a pas d'autres explications qu'elle-même et où je m'en remet à l'analyse de F. Dolto sur le sujet. Chacun son opinion, chacun ses enfants, je ne vais pas m'étendre plus sur ce point. Mais je ne m'arrête pas à une classification : toutes les oeuvres non animées ont tendance à être bêtement et très généralement déconseillé aux moins de 10 ans à la télé et a contrario il y a des films tout public, sans forcément d'avertissement, que je ne montrerai pas à de jeunes enfants.

Cet édito n'est pas un guide prétentieux ni une leçon de vie : je recherche seulement un peu de bon sens dans une phase éducative importante bien que moins primordiale que d'autres ; s'il existait une bonne façon d'élever ses enfants, de les éduquer, une méthode unique et approuvée par je ne sais quelle grande instance qui ferait autorité en la matière, la tâche serait moins ardue. Le principal étant sans aucun doute de faire le premier pas : se poser la question de l'éducation c'est se dire que nous avons un rôle à y jouer, que nous sommes un élément clef du processus, processus qui ne coule pas de source et qui mérite réflexions, analyses, dans lequel nous avons droit à l'erreur et le devoir de se remettre en question. Mais là je vais m'arréter car je commence à devenir pompeux...