Editorial
Filmographies
Le coin fantastique
Mail
Liens

 

EDITORIAL de JUIN 2012

Comme les habitués de ce site le savent déjà et les moins habitués s'en sont très certainement aperçus, Cine-directors bénéficie d'une base de près de 3 000 critiques de films, majoritairement fantastiques, et la page d'accueil (rubrique "Coups de coeur et coups de gueule") vous permet de suivre quasiment en direct mon petit rapport sur le film vu la veille. Je vais donc intituler ce nouvel édito "La critique ciné pour les nuls" ou "Rappels pour les plus aguerris" (choisissez votre camp soldats !). Ce point de vue analytique m'est bien évidemment propre et sachez que je ne suis en rien un adepte de la pensée unique... de plus il ne s'agit que d'un billet d'humeur et je ne pourrai évoquer en détails ce que de grands spécialistes ont posé sur des milliers et des milliers de pages.

Si à mon sens il existe deux approches concernant la vision d'un film, la critique qui en résulte ce doit tout de même d'être le plus précise et objective possible, la plus étayée. Lisez les papiers des journalistes spécialisés (enfin : ceux des bons journalistes...) et vous verrez que certaines sont plus dans le ressenti, d'autres beaucoup plus techniques. Il me parait évident que pour s'approcher de la perfection, de l'objectivité si vous préférez (la perfection n'étant pas de ce monde) une bonne critique se doit d'être un mélange homogène des deux, qui ne laisse pas l'émotion prendre le pas sur la technicité ni les connaissances plus formelles sur le ressentir. Trop de ressenti et vous obtenez une critique épidermique qui reste sans fondement, sans base et fait fi des aspects plus techniques mais essentielles du cinéma ; on trouvera un film "beau", "joli" sans en dévoiler la cause, à savoir une lumière ou une photographie qui met en valeur les paysages, les formes, les contrastes...etc. Une critique trop formelle devient vite un catalogue, une revue de détails (ce qui a été et est encore parfois encore mon principal défaut...) qui oublie l'oeuvre dans sa globalité, qui ne met pas en relation toutes ses choses qui ne sont pas si indépendantes que cela et reste mises au profit d'un résultat filmique où tout est lié.

Le ressenti est certainement l'aspect le plus flou, le plus suggestif, le plus personnel voir le plus irrationnel qui soit (ce contre quoi on va se battre). Il vous vient à l'esprit au cours de la projection ou à son issue, comme une impression générale qui essaierait de situer le film sur une espèce d'échelle d'appréciation qui va de l'adoration sans réserve au rejet le plus complet, en passant par un étrange sentiment de "oui, mais bof... peut-être, mais.. bof...". Cela tout le monde est à même de le ressentir à la vue de n'importe quel film. L'expliquer devient plus tendu... Car cette impression est mûe non pas par la raison mais par nos goûts cinématographiques (une allergie au ciné horrifique, par exemple), des a priori, notre expérience de spectateur (plus on voit de films et plus on a de chances d'être objectif) mais tout aussi vaguement notre Moi intérieur, notre éducation, nos idées, notre vécu (exemple : pas facile d'apprécier un film qui encenserait l'avortement si on y est complètement opposé ; il faut un sacré recul). Dernière chose : après la vision multiple d'une oeuvre on se rend parfois compte que notre humeur du moment joue beaucoup sur l'impartialité de notre jugement... De cette première appréciation va découler notre critique... mais alors qu'est-ce qu'une critique ? C'est l'art d'expliquer le pourquoi du comment, ce qui nous amène à détester ou adorer une oeuvre cinématographique, une espèce de psychanalyse (car finalement c'est nous que nous interrogeons, pas le film...) qui devra nous conduire à comprendre ce qu'il y a de bien ou de moins bien dans l'oeuvre, à découvrir pourquoi cela est bien ou l'est moins et à mettre tout cela en mots. A partir de là on va chercher des réponses à la fois dans notre ressenti (préciser nos sentiments, faire la part des choses, découvrir que rien n'est jamais manichéen) et dans ce fameux aspect plus technique mais inhérent à tout art, connaissances de base qu'il vous faut avoir et sans lesquelles vous passeriez à côté de beaucoup de choses -et d'explications !- et vous vous retrouveriez tel un spectateur lambda.

Un exemple sera peut-être plus parlant pour les plus débutants d'entre vous : suite à sa projection, on a trouvé une oeuvre ennuyeuse, on n'a pas du tout accrocher (ressenti). D'où vient ce sentiment ? Qu'est-ce qui était si ennuyeux dans ce film ? Le sujet ne nous intéressait-il pas ou est-ce l'approche du scénario qui ne nous a pas permis de nous y intéresser ? Pourquoi la scénarisation a-t-elle entrainé cette ennui ? Il n'y avait pas une véritable évolution narrative ? Peut-être que cet ennui était dû à des acteurs jamais investis dans leur rôle, qui ne permettent pas à leur personnage de traverser l'écran ? A un montage plan-plan qui rapproche l'oeuvre d'un vulgaire téléfilm tourné et monté à grande vitesse et sans réflexion aucune ? A moins que la faute n'en revienne au réalisateur qui n'a fait aucun effort pour apporter son point de vue et le transmettre aux spectateurs ?...etc.

Voilà : il faut toujours mettre en lien ces deux choses, le formel et l'informel, l'impression et l'expression. Encore faut-il comprendre le sens d'un montage, d'une réalisation ; apprécier le travail d'un chef opérateur, la finesse de l'écriture d'un scénario. L'habit ne fait pas le moine et un critique digne de ce nom doit lutter contre les préjugés, les a priori, toutes les opinions qui ne possèdent aucun fondement... et a fortiori les nôtres, certainement les plus dures à combattre... Cela nous ramène sans doute un peu à ce que l'on pouvait faire -ou à ce que font encore les plus jeunes d'entre vous- sur un texte classique ou un poème lorsqu'on était au lycée : il se cache de nombreuses choses derrière les mots et ceux-ci ne sont pas choisis au hasard ni agencés de façon innocente. Bien sûr que le cinéma est un art populaire et n'importe qui peut apprécier un film sans apprendre par coeur le manuel du parfait petit critique. Mais auquel cas il ne faut pas vouer son opinion au dieu de l'objectivité mais seulement à une sensation un peu égoiste d'amateur non éclairé. Manuel ? Bon OK : dans un prochain édito je vous mettrai en ligne une espèce de manuel EXTREMEMENT condensé de ce qu'il y a à savoir sur les coulisses de la critique du 7ème art (Réalisation, scénario, montage, photographie, acteurs/trices, décors, FX).

Le sujet est sans aucun doute survolé mais il peut déjà donner quelques pistes aux critiques en herbe. De toutes façon il n'y a qu'une seule école : aller au cinéma afin de savoir de quoi l'on parle et lire des critiques, de nombreuses et diverses critiques. Je ne peux que vous recommander également la lecture de livres sur le sujet (un incontournable : "200 mots-clés de la théorie du cinéma", édition Cerf). Garder en tête que la défense du bon cinéma, d'un cinéma de qualité passe par nous autres, cinéphiles, par la recherche de cette impartialité comme d'un Saint Graal, par la lutte contre les préjugés de mauvais spectateurs habitués à se gaver d'une bouillie télévisuelle qui nivelle leur objectivité par le bas.

En tous les cas c'est toujours avec grand plaisir que je reçois vos critiques et que je les mets en ligne (doucement, car je n'ai pas toujours le temps), qu'elles aillent dans mon sens ou pas. Alors : à vos plumes cinéphiles ! Et n'oublier pas : on ne voit pas un fillm, on le regarde.