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EDITORIAL de MARS 2012

Mais où est le temps glorieux des films en costumes ? L'époque où quelques ballets de robes flamboyantes et de messieurs en habits de gala attirait les foules dans les salles obscures ? Le temps des Visconti ou des Ivory ? Des Sissy et autres Angélique ? Des Valmont et des liaisons dangereuses, des Amadeus ? Mais pourquoi donc les spectateurs de l'an 2000 boudent-ils presque systématiquement des oeuvres jusqu'alors largement plébiscitées ? Pourquoi les siècles passés, disons du 16ème -pour compter large- jusqu'au 19ème, n'attirent plus les foules ? Petit diagnostique et explications...

Nous allons donc évoquer le déclin du film d'époque, du "film en costume" dont les insuccès sont légions à compter du début des années 90. Tout d'abord les chiffres : force est de constater que les auteurs qui osent troquer les jeans et la mini-jupe contre des vêtements plus guindés se sont vus rabrouer par leurs contemporains. En France les plus ou moins récents L'anglaise et le duc, St Cyr, Artemisia, Louis enfant roi, Sade, Vatel, Antonio Vivaldi, Jean de la Fontaine, Nannerl ou encore Philibert ont fait de vilains flops et l'ardoise fut salée pour leur (s) producteur (s). Et quand de succès il serait presque question, comme pour Molière (1,2 millions) ou La princesse de Montpensier, le budget est loin d'être couvert et les attentes des producteurs par la même (respectivement 13,4 et 11,6 M€). Même son de cloche de l'autre côté de l'Atlantique : Bright star, Ludwig Von B., Amazing Grace, Victoria, Quills, Elisabeth, The libertine, Anonymous, Chéri, The countess... et j'en passe et des moins bons. En fait on s'aperçoit que depuis les années 90 le genre est peu à peu tombé en désuétude et les spectateurs, tant qu'à voir des costumes, demandent beaucoup plus aux producteurs, notamment de sortir le nez du genre (comédie dramatique, drame, histoire)... nous y reviendront. Autre chose : nombre de ces films en costumes restent des biopics qui, à quelques exceptions, ne soulèvent pas l'engouement des foules de tous horizons ; concernant toujours l'époque que nous évoquons, il s'entend.

Mais avant cela tentons d'expliquer ce phénomène. Avec un peu de recul il semblerait que les frous-frous paraissent trop cul-cul à la jeunesse d'aujourd'hui (oui, oui : celle vêtue d'un jogging/casquette même en pleine campagne à Groland), réduits à des coutumes, des moeurs qui paraissent de plus en plus étrangères aux citoyens de l'an 2012 et de leur considérations ; peut-être également trop fringants, trop clinquants, trop voyants par ces périodes de crise économique (Ah, elle a encore bon dos celle-ci !), pas assez réalistes quand la mode tend à l'hyper-réalisme dans tous les genres qui traversent le 7ème art, même dans le plus fantastique des films fantastiques. Ces films ont un aspect pompeux, trop propres, trop sirupeux et semblent ne pas dire toute la vérité sur des époques de pauvreté, de disettes, de crasse, de mort, d'extrême violence ; des mensonges cinématographiques pour les spectateurs instruits et informés d'aujourd'hui (mais j'ai pas dit qu'en 1970 ou 80 ils étaient cons !). Des films qui symbolisent pour beaucoup une certaine bourgeoisie de plus en plus désuète et décriée et dont les gens n'ont plus rien à faire, la connaissant par coeur et la rejetant, plébiscitant plus aisément la jet-set contemporaine, le bling-bling. Des films loin des canons sociaux de notre époque en somme... On préférera à la naïve Sissy des héroïnes plus couillues, plus féministes et moins féminines, telle que Ripley, Selene ou Alice de Resident Evil ; un semblant d'égalité des sexes qui entrerait dans les moeurs ? Et puis on nous parle, à travers ces films, d'une époque de plus en plus lointaine pour nous, gens du 21ème siècle, d'un monde qui s'éloigne peu à peu dans le temps : normal que le cinéma s'attache plus amplement à décrire le siècle dernier (les films sur la seconde guerre mondiale sont encore légion ; ceux concernant la première sont déjà plus rares) alors qu'en 1950 le 19ème était encore vivace dans les esprits (il y avait encore des personnes nées en 1880, voir avant...). Lorsque l'on évoque le siècle passé, pour nous autres il s'agit du 20ème siècle, c'est mathématiques, et il suffit de jeter un oeil aux récents films à prétention historique, et aux films à venir, pour se rendre prendre conscience de ce que j'avance : Présumé coupable, L'ordre et la morale, J. Edgar, Cloclo, My week with Marilyn, L'assaut, La couleur des sentiments, Omar m'a tuer, J. Edgar, W, L'affaire Farewell, La conquête...etc. Le 20ème siècle vous dis-je ! Dernier point : la prédominance du cinéma américain sur les marchés mondiaux influe sur ce phénomène : l'histoire américaine est beaucoup plus jeune que la nôtre et se permet moins facilement de remonter le temps, de causer de ce que les américains ne connaissent finalement pas ou peu.

Pourtant il y a bien des exceptions, certains films d'époque percent amplement et réussissent à trouver leur public ! Oui, mais quels films : Pirates des Caraïbes, Le pacte des loups, Dracula, Entretien avec un vampire, Les frères Grimm, Wolfman, Les trois mousquetaires, Sherlock Holmes ou encore Scrooge... vous l'avez compris : pour faire avaler la pilule des frous-frous aux spectateurs d'aujourd'hui il convient d'adjoindre au film d'époque une bonne dose de fantastique ou de fantaisie, de jouer sur le mélange des genres... de sortir le nez du genre, comme je l'évoquais plus haut. Ce ne sont pas les futurs Dame en noir et autre Blanche-Neige qui me feront mentir. Peut-être que le genre est "mort" (en sommeil serait sans doute plus juste...) de s'être fourvoyé dans le mélange des genres ? Réflexion...

Pourtant je vous jure que je ne suis pas mauvaise langue : même s'il y a une poignée d'exception. La leçon de piano (1993), Orgueil & préjugés (qui n'est pas non plus un monstre de cinéma), Le discours d'un roi, Moulin rouge (2001), Mme Bovary (1991 ; mais dont le budget conséquent tend à rapprocher d'un Molière) et... Ridicule (1996) ; pas de prime fraîcheur ces succès là et réduits à une modeste poignée ! Ajoutons Shakespeare in love (1998) qui couvre le 16ème. What else ? Regardez vos acteurs et actrices préférés et essayez de les imaginer à la mode du 17ème / 19ème siècle pour comprendre que... ça ne colle pas ; Brad Pitt ne s'y ait tenté qu'une seul fois avec L'assassinat de J. James (l'action se passe en 1882 !) et le film fut un bide conséquent ; Clooney n'a pas encore franchi le pas !

Jeune scénariste ? Jeune réalisateur ? A vous de relancer pour de bon un genre morose et moribond, de créer un effet de mode (caméra à l'épaule avec une DV ?) car il y a un créneau à prendre, un genre à ravigoter, à ressusciter ; il suffit sans doute de trouver un nouvel angle d'approche... brain storming...