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EDITORIAL de FEVRIER 2012

Automobile et 7ème art... Depuis l'aube du cinéma les "artists" ont su mettre en valeur l'automobile dans le cinéma, comprenant que la voiture pouvait être un "acteur" fantastique, que les possibiltés de créer autour et avec elle étaient infinies, tant dans la comédie que dans les films d'action. Pourtant les quatre roues ont longtemps été relégués au rang de figurant, plus ou moins prestigieux, plus ou moins mis en valeur... mais la donne est en train de changer depuis quelques années ; on leurs rend enfin justice. Pourquoi les films mettant en scène des véhicules motorisés ont-ils de plus en plus de succès, sont-ils de plus en plus nombreux ? Voici le fil d'Arianne de ce nouvel édito.

Si des films tels que Bullitt ont laissé d'impérissables traces de pneus dans nos mémoires cinéphiliques, tout comme le firent Taxi driver, Le salaire de la peur ou la série des Mad Max, les véhicules restaient ici des faire-valoir et, globalement, la voiture en tant que telle n'était qu'un outil, un élément, tout comme les SPFX, les armes ou les décors, elle servait le film d'action comme l'hémoglobine sert le film d'horreur (Cf. la fameuse scène de poursuite automobile de French connection et toutes les scènes de ce type qui hante le cinéma depuis plus de 100 ans). La Deloréane de Retour vers le futur ou l'Aston Martin de 007, aussi connues soient-elles, n'apparaissent pas longtemps dans les métrages et seule la Coccinelle connue une véritable carrière sur grand écran, avec un rôle à part entière (et dont le succès ne s'est pas démenti en 2005 : des recettes 3 fois supérieur à son budget) ! Car ces films marquaient déjà le pas, le pas vers un véritable basculement. Celui où la voiture n'est plus qu'un simplement tas de ferraille mécanique asservi, où son rôle de second couteau n'est plus indubitablement recentré autour d'un seul et unique type de sujet : les courses automobiles (Cannonball, Grand prix, Le mans...etc) et les poursuites en tous genre. Si la voiture fut longtemps le vêtement de l'acteur, l'arme au bout de son poing, aujourd'hui elle devient le prolongement de son propre corps : symboliquement, même si nous sommes hors-sujet, la scène du film Red ou Bruce Willis sort du véhicule comme une fleur mais en shootant tout azimuth ou celle de Wanted ou le personnage est "ramassé" et "assis" par la voiture en plein dérapage démontre que la voiture fait de plus en plus corps avec son acteur.

Ces dernières décennies -je dirais depuis les années 80-90- les engins motorisés ont tout d'abord envahi nos écrans, les productions se démultipliant déraisonnablement, devenant peu à peu des personnages à part entière ou indissociable de leur pilote, prenant en tous les cas plus de place, ayant plus de présence à l'écran, et une grosse majorité des oeuvres mettant en scène des voitures ou des motos sont même devenus de francs succès au box office. Bizarrement cet engouement prendrait racine à la télévision : rappelez-vous des "K-2000", "Tonnerre mécanique" et autre "Supercopter" ou l'engin, la star du titre (à la différence d'un "Magnum") est bel et bien mécanique. Et puis il y a eu des précurseurs : Duel ou encore Christine : dans le premier l'abstraction du conducteur permet au spectateur de s'identifier au véhicule, de lui trouver une personnalité de "bad guy", dans le second la voiture est un personnage autonome, elle se répare (se fait belle), elle éprouve de la jalousie et donc de l'amour, de la haine. Outre ces quelques films, ces quelques signes avant-coureurs, qu'est-ce qui peut bien me faire dire que le statut de l'automobile a évolué au cinéma ?
Simple : ce n'est que très récemment que des séries plus ou moins longues se sont créées autour du thème, notamment la saga française et emblématique des Taxi ou, dans une moindre mesure il me semble, celles des Transporteurs ; tout comme celle inusable des Fast & furious de l'autre côté de l'Atlantique. Et puis les succès sont devenus légions : Jours de tonnerre (mais ici la voiture est utilisé "à l'ancienne"), Speed (où le véhicule est objet de suspens), 60 secondes chrono (le véhicule objet de désir, de collection, rareté), Starsky & Hutch (symbole de la série TV tout comme Shériff fais-moi peur, où la voiture a même un nom : "Général Lee"), Ghost rider, Cars (les véhicules deviennent des personnages à part entière) -dans le même esprit fut la saga des Transformers -, Boulevard de la mort (la voiture-hommage au cinéma), La course à mort et Hell driver (où l'automobile est quasiment une arme) ! Par ailleurs les échecs cuisant de Driven ou Michel Vaillant ne seraient-ils pas dûs à l'utilisation de la voiture par les scénaristes comme seul et simple outil de course automobile, quelque peu ringard pour le spectateur contemporain ? Le bide abyssal de Speed racer est ainsi plus aisé à comprendre : les véhicules sont également utilisées dans un but réducteur car uniquement compétitif, mais il n'y a pas d'identification possible du spectateurs avec ses bolides qui ne ressemblent en rien à ceux que l'on connait, que l'on aime et qui deviennent quasiment des engins"spaciaux", improbables... Autre phénomène allant dans mon sens : on sait que les USA sont la patrie de l'automobile (Détroit restant sa capitale) mais il est évident que le phénomène se mondialise puisque, comme on l'a vu, la France marche sur les platte-bandes des américains et que les autres pays ne sont pas en reste, notamment la russie (L'éclair noir), la suéde (Drive), l'Allemagne (Autoroute racer). Et puis toutes sorte de voitures, d'engins entre en scène : les camions (Truck), une ambulance (A tombeau ouvert, L'ambulance), un taxi, une voiture qui voyage dans le temps, un bus, moult motos. Alors : qu'est-ce qui plait tant aux spectateurs ?

La vitesse, bien sûr ! Dans notre monde sécurisé et bouffé d'interdits les poursuites autos sont aussi libératrices qu'une bonne giclée de sang sur grand écran ; braver les interdits, exulter, faire rêver (ce n'est pas donné à tout le monde de se payer une Mustang !), jouer avec l'impossible, être impressionné. Qui a-t-il de plus excitant que de voir une cascade auto, de bons gros accidents savamment créés et joliment filmés : ce n'est pas Crash qui me fera mentir ! Le principe du spectateur-voyeur est le même que dans les films catastrophe : le plaisir visuel issu d'une position sauve et confortable. Plus crédibles que les engins spaciaux en tout genre, moins coûteux à mettre en scène que les avions et autres hélicoptères, pouvant même rapporté beaucoup de notoriété du côté des grandes marques automobiles, la voitures s'avère un outil marketing apprécié du public. Ce qui plait tant aux... spectateurs, disais-je ? Pas "spectatrices" ? Avouons une chose, en rien sexiste : ces films de grosses voitures sont plutôt masculins (Cf. le rôle de potiche de certaines figurantes dans certains de ces mêmes films...), mécanique oblige sans doute, mais également, et toute proportions gardées, les véhicules que l'on y voit sont souvent de vraies beautés, des muses pour les réalisateurs, elles ont un côté séduisant et féminin, génère le désir. Mais on ne va pas psychanalyser plus en avant le rapport qu'il existe entre l'homme et l'une de ces plus brillante invention.

Alors : quand verra-t-on enfin le nom des voitures au générique ? Non : je déconne...