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EDITORIAL de NOVEMBRE 2011

Voici le 100ème édito cine-directors !!! Je voulais vous faire un édito anniversaire et puis... et puis pourquoi tant d'adoration pour ces chiffres plein de zéro ? Alors le meilleur cadeau que je puisse vous faire c'est de continuer à bosser comme je le fais depuis... 100 mois !

L'animation française en crise ? Je me plaignais il y a peu, en analysant notre bon vieux box office local, que les cartoons "à la françaises" peinaient vraiment à trouver leur public dans les salles obscures et se laissaient croquer par leurs collègues mais néanmoins adversaires outre atlantique ; pas très original me direz-vous ? Pourtant on a vu que le ciné animé franchouillard avait de beaux restes (voir l'édito précédent, où quand les français s'appuient très justement sur les auteurs belges) et qu'il pouvait même plaire aux ricains (Les triplettes de Belleville a rapporté 7 M$ et 2 nomiunations aux Oscar, Persepolis 4,4 M$ et une nomination à l'Oscar).

Lorsque notre grand compétiteur qu'est M. Ocelot se vautre littérallement cette année avec ses Contes de la nuit (318 000 entrées) après les succès respectifs de la série des Kirikou (1,2 et 1,9 millions pour des budgets inférieurs à 5 M€) dont il prépare, forcément, un 3ème épisode. Quand d'autre grands, S. Chomet ou J-R. Girerd, se retrouvent dans la même configuration avec leurs récents L'illusionniste (moins de 300 000 entrées pour 11 millions investit) et Mia et le Migou (un demi-million de tickets vendus pour plus de 8 M€ de budget). Quand le messie tant attendu que fut Le chat du rabbin en reste au demi million d'entrée alors que son budget (12,4 M€) en réclamait facilement le double. Quand le très populaire Titeuf reste très juste en terme d'entrées et de retour sur investissement : 1,3 millions de fans qui ont fait le déplacement pour 15 millions de dotation ; mais pourtant rien de comparable au naufrage des Totally spies (146 000 espionnes). Quand les stars confirmées prennent l'eau comme Lucky Luke en 2007 avec moins d'un demi million de cowboys pour 12 briques dans le coffre ou Astérix et les Vikings qui passait le million d'enfants mais ne justifiait en rien ses plus de 21 millions de budget. Les autres films (Une vie de chat, L'apprenti Père Noël, Kerity, Lascars, Franklin, Max & Co, Piccolo, Saxo et Cie, ..etc) restent sagement sous la barre du million quand les américains assurent presque tout le temps ce minimum vital. Et Un monstre à Paris me direz vous ? Un (moyen) millionnaire, certe, mais pas un double millionnaire non plus, stade que le film aurait dû très largement dépasser pour justifier son énorme budget (28,2 M€)... Et la saga Arthur et les Minimoys ? Passé de 6,4 millions de fans à tout juste 3 millions pour le dernier épisode : beaucoup s'en contenterait mais se fut néanmoins un raz-de-marée chez les studios EuropaCorp dans la mesure ou les trois films ont coûté la bagatelle de 200 millions d'euros pour des recettes estimées à moins de 140... Sans parler des auteurs comme Philippe Leclerc (Les enfants de la pluie, La reine soleil) qui n'ont jamais eu le succès qu'ils méritaient... Ni des oeuvres plus pointues, à la pointe de la technologie, qui ont été reçu à coup de machette (The prodigies : recettes = 1,4 M€, budget = 22 M€ ; mais également Renaissance ou le génial Kaena). Il n'y a guère que Persepolis (1,2 M) pour sortir réellement tout auréolé de succès...

Bon OK : il n'y a pas que des gros budgets parmi les films cités et certains récupèrent plus ou moins leurs billes ; et il n'y a pas que le fric dans la vie ! Mais voilà : que dire d'un cinéma qui n'obtient pas le succès minimum dans son propre pays ? Autre chose pour la défense du cinéma d'anim' frenchie : le reste de l'Europe est largement en retard sur les gaulois : l'animation allemande ne parvient pas à percer (Le marchand de sable, Jasper, 3 amis mènent l'enquête, ou la série des Impy face à un seul succès : Les 3 brigands), les espagnols se cassent les dents (le sublime Nocturna et ses 132 000 entrées). Et puis les américains sont aussi en perte de vitesse aussi -hors mis l'inévitable Disney annuel- puisque cette année aucun d'entre eux n'a su franchir le cap des 3 millions de spectateurs lorsque, il y a un an, les Shrek 4, Toy story 3 et autres La princesse et la grenouille s'en allaient parfois au-delà des 4 millions.

Alors ? Conjoncture ? Non : l'animation française a eu son heure de gloire avec les Kirikou, Les triplettes de Belleville, La prophétie des grenouilles, Azur et Asmar, mais la vie de l'animation made in France ne s'est pas arrété en 2007 (Persepolis est le dernier cartoon millionnaire et rentable) et elle doit se ressourcer ; mais comment ? Avec des produits qui ressemblent à s'y méprendre à de l'animation américaine (Un monstre à Paris) ? En prenant véritablement le virage de la 3D et du mélange entre film live et animation (Le Marsupilami) ? En trouvant les bonnes franchises, façon Arthur et les Minimoys (mais ça ne marche pas forcément... Luc a-t-il été trop gourmand ?) ? En restant soi-même et attendant patiemment que les spectateurs français retrouvent une certaine forme de curiosité et dépassent le stade restrictif de la nationalité des oeuvres qu'ils vont voir ? Faites votre choix !

On attend tout de même les résultats du Tableau, de Zarafa (R. Bezançon) ou de Kirikou 3 sans trop d'espoir non plus ; dommage que Poulet aux prunes de M. Satrapi ne soit pas un cartoon...